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BUDGET DU QUÉBEC 2020-2021
13 mars 2020 | PARTAGER :        

 

UN INVESTISSEMENT SUBSTANTIEL POUR LA CULTURE…. MAIS EN DEMI-TEINTE POUR LE THÉÂTRE ET LES ARTS DE LA SCÈNE

Ce mardi à l’Assemblée nationale, le ministre des Finances Éric Girard a présenté le second budget du gouvernement Legault. Après un premier budget sans éclat pour les arts, ce budget pour 2020-2021, en plus de faire la part belle à l’environnement et à la lutte contre les changements climatiques - il faut s’en féliciter -, laisse entrevoir une éclaircie pour la culture. Nouvelle accueillie favorablement par le milieu culturel qui nécessite toutefois d’être nuancée pour le secteur du théâtre et des arts de la scène. 


UNE BOUFFÉE D’OXYGÈNE POUR LE MILIEU CULTUREL… 

En effet, il y a de quoi se réjouir : les dépenses de portefeuille attribuées à la culture et aux communications se chiffrent désormais à 1,4 G$, soit une augmentation de 12,6 % par rapport à l’année précédente. Ces dépenses progressent proportionnellement passant de 1,22 % des dépenses totales de portefeuille à 1,31 %, bien qu’encore éloignées de la cible des 2 % préconisée par la Coalition la Culture, le coeur du Québec.

Des investissements de 457 M$ au cours des cinq prochaines années ont également été annoncés pour promouvoir la spécificité culturelle du Québec. Ces investissements sont répartis en trois volets : 

  • Décloisonner, créer et exporter la culture québécoise (372 M$)
  • Soutenir les organisations culturelles et muséales (35 M$)
  • ​Protéger, promouvoir et valoriser la langue française (50 M$)

​Le premier volet permettra de « stimuler l’ambition et l’innovation culturelles ; appuyer l’industrie de la musique ; mettre en place des infrastructures culturelles dans les régions ; réaménager l’Espace de la Capitale-Nationale ». À ce titre, il est à noter que le gouvernement prévoit de préserver et valoriser des édifices patrimoniaux et de s’en servir pour la diffusion, la création et la médiation culturelle. Le deuxième volet vise à bonifier les organismes de regroupement et les institutions muséales et le troisième à mettre en place des « actions structurantes pour renforcer le rôle des organismes responsables de l’application de la Charte de la langue française ainsi que du Secrétariat à la promotion et à la valorisation de la langue française ». Sur ce troisième volet, précisons que l’ensemble des fonds seront octroyés au ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration puisque depuis l’automne dernier, le dossier de la langue n’est plus de la responsabilité du ministère de la Culture et des Communications.

À n’en pas douter, ces dépenses apporteront une bouffée d’oxygène nécessaire au milieu culturel qui, après des années de sous-investissement et de coupures, mérite d’être mieux considéré. À ce titre, nous reconnaissons les efforts consentis par le gouvernement Legault pour valoriser les arts et la culture. Là où le bât blesse, c’est que ce budget laisse présager que les différents secteurs culturels ne profiteront pas tous de la même façon de de ce regain d’intérêt pour les arts. 


… QUI NE PROFITERA PAS À TOUT LE MONDE 

En analysant les 457 M$ d’investissements supplémentaires, force est de constater que le gouvernement Legault cherche à soutenir - et à juste titre - en priorité certains secteurs culturels tels que les industries du cinéma, de la production télévisuelle et de la musique au prise avec des enjeux spécifiques et globaux : montée en puissance des GAFA et des plateformes de diffusion en continu, découvrabilité des contenus culturels québécois, droits d’auteur, etc.

La Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), chargée de soutenir ces industries, voit en conséquence son budget légitimement passer de 75 M$ à 129 M$, une augmentation considérable de 73 % par rapport à 2019-2020. En comparaison, une augmentation de 10 M$ (+ 8 %) est octroyée au Conseil des arts et des lettres du Québec, principal subventionneur public pour les arts de la scène dans la province. Sur ces 10 M$ est inclue la bonification du programme des bourses du CALQ (1,4 M$) annoncée il y a quelques jours.

Pourtant, en 2018-2019, le CALQ n'a pu allouer aux artistes que 12,6 M$ en bourses et 117 M$ aux organismes alors que les montants demandés étaient respectivement de 62,4 M$ et 164 M$. Or, la place centrale de la pratique artistique professionnelle, la diffusion des œuvres au Québec et à l’étranger, l’accès aux arts et à la culture sur tout le territoire, la diversité et les conditions de vie professionnelle des artistes sont autant d’enjeux fondamentaux qui nécessitent d’être soutenus par un Conseil des arts et des lettres du Québec disposant des moyens financiers renforcés à la hauteur du mandat qui lui est confié. La demande d’aide financière est encore loin d’être satisfaite. Il est légitime de se demander comment le gouvernement prend en compte les besoins financiers du CALQ.


QUELLE CONSIDÉRATION POUR LE THÉÂTRE ET LES ARTS DE LA SCÈNE ? 


Joe Jack et John, Dis merci © Catherine Aboumrad

Incontestablement, ces investissements supplémentaires en culture sont un signal favorable envoyé à l’ensemble du secteur culturel par un gouvernement qui jusqu’à présent s’était peu intéressé à la culture, hormis sous un angle nationaliste. Mais quelle lecture faire de ce budget pour le théâtre et les arts de la scène ? 

Comment comprendre que le gouvernement Legault n’affecte aucun crédit supplémentaire - pas même pour couvrir l’inflation - au Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec qui pourtant forme les artistes de théâtre de demain à travers l’ensemble du vaste territoire québécois ?

Comment ne pas s’imaginer que les 10 M$ supplémentaires accordés au CALQ s’avèreront largement insuffisants pour donner un souffle nouveau au milieu des arts de la scène et permettre à ses artistes de créer dans des conditions décentes ?

Comment interpréter ces actions consignées dans le budget 2020-2021 visant à « tirer profit de ces nouvelles opportunités », à « stimuler l’ambition et l’innovation culturelles », à « [s’ouvrir à] de nouveaux marchés » dont le but in fine est « d'accroître le potentiel de l’économie et créer de la richesse » sans penser que le théâtre et les arts de la scène ne sont pas le produit économique rêvé d’un gouvernement obnubilé par la création de richesse ? 

Quelle place occupent le théâtre et les arts de la scène dans la vision économique du gouvernement Legault ? Le second budget du gouvernement Legault donne quelques pistes de réponse. Rappelons toutefois que la richesse d’un pays ne se mesure pas qu’en termes de PIB/habitant et de croissance, mais aussi par rapport à la place qu’il donne à sa culture pour se déployer et s’exprimer.
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