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Langue française : Un changement de ministère qui questionne
19 septembre 2019 | PARTAGER :        
La ministre de la Culture et des Communications Nathalie Roy perd le dossier de la langue française apprenait-on récemment, responsabilité qui échoit désormais au ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration, Simon Jolin-Barette. Que doit-on interpréter dans cette décision de politique gouvernementale qui mérite d’être interpellée par les citoyennes et citoyens ? Quelle manœuvre stratégique ou idéologique devrait-on y déchiffrer ? Ce transfert d’un ministère à l’autre interroge la perception du rôle de la langue française aux yeux du gouvernement Legault.
 
Traditionnellement, la responsabilité de la défense, de la valorisation et de la promotion de la langue française relève du ministère de la Culture et des Communications (MCC). Afin d’accompagner l’action gouvernementale déployée depuis 2008, le MCC a poursuivi cette entreprise en 2016[1] avec un Plan d’action de la stratégie partenariale de promotion et de valorisation de la langue française pour 2016-2021 - Un élan pour stimuler la vitalité du français au Québec comprenant trois axes d’intervention prioritaires :
 
1. La promotion et la valorisation de la langue française comme élément de fierté et d’appartenance.
2. Un soutien adapté aux personnes en apprentissage de la langue française.
3. Des partenariats diversifiés, complémentaires et engagés.
 
Les axes 1 et 3 sont presque exclusivement pris en charge par le MCC aux côtés de l’Office québécois de la langue française et de la ville de Montréal. Le feu-ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) s’était vu confier le mandat de déployer des ressources en ligne pour l’apprentissage du français, de poursuivre sa campagne de promotion des services de francisation et d’octroyer une aide financière incitative en faveur de la francisation[2]. Le plan d’action de cette stratégie restreint le champ d’intervention du MIDI à la francisation et délègue la promotion et la valorisation de la langue française au MCC. Claire et juste répartition des rôles où la langue française est autant un outil d’inclusion légitimement utilisé par le MIDI à l’intention des nouveaux et nouvelles Québécois.e.s, qu’un patrimoine culturel à valoriser dans cet îlot francophone qu’est le Québec[3]. Et surtout, un moyen d’expression distinctif que le MCC doit promouvoir en soutenant les arts et la culture au Québec.
 
Or, le premier ministre François Legault a insisté sur le fait que « la grande priorité au Québec, si on veut promouvoir et protéger le français, c’est la francisation des immigrants et c’est là-dessus qu’on va se concentrer d’abord »[4]. On comprend donc que la question de la défense et de la valorisation du français devient avant tout une affaire de francisation des immigrant.e.s pour le gouvernement. Pourtant, la promotion et le rayonnement de la langue française s’adresse aussi aux francophones, et peut-être même d’abord à eux. Défendre, promouvoir et faire rayonner le français tant au Québec, qu’au Canada et à l’international ne se fera pas sans une culture québécoise fière et solidement soutenue par la société et le gouvernement québécois. Comment intéresser de nouveaux arrivant.e.s à parler français sans une culture forte qui brille par-delà les frontières du Québec ?
 
La première mesure du volet de la Politique culturelle du Québec Une vie culturelle en français, participative et engagée rappelle d’ailleurs bien que culture et langue française sont intimement liées : « centrer l’approche gouvernementale en matière de langue française sur la promotion et la valorisation et sur ses liens indissociables avec la culture »[5]. Un budget de 11,5 M$ a été prévu pour cette mesure sur la période 2018-2023 dont le MCC est responsable et le MIDI un partenaire. Ce budget et les autres montants octroyés au MCC pour la langue française dans le cadre de Politique culturelle et le Plan d’action de la stratégie partenariale de promotion et de valorisation de la langue française seront-ils maintenus ?
 
Plutôt qu’un transfert du dossier de la langue française du MCC vers le nouveau ministère de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration (MIFI), n’aurait-il pas été préférable de renforcer la coopération entre les différents ministères concernés par la langue française (du MCC au MIFI sans oublier le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur et celui du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale) ? L’expertise développée sur le dossier de la langue française par le MCC va-t-elle souffrir d’un démantèlement du Plan d’action de la stratégie partenariale de promotion et de valorisation de la langue française ?
 
La francisation devrait n’être qu’un outil - légitimement utilisé par le MIFI - parmi d’autres pour protéger et valoriser la langue française au Québec. La langue française mérite d’avoir un ministère qui la défende et qui rappelle qu’elle fait partie du socle identitaire québécois. Elle a aussi besoin d’un ministère qui la promeut et la fasse rayonner bien au-delà des frontières de la province. Est-ce donc bien au MIFI que devrait revenir le dossier de la langue française ?
 
Il serait préjudiciable que le gouvernement Legault prenne en otage la langue française pour servir ses seules velléités idéologiques.
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