Message québécois pour la Journée mondiale du théâtre
Par Marie Brassard
Le théâtre c'est le repaire de toutes les variations possibles de la fantaisie humaine. C’est un territoire où l’on peut jouer, ensemble, à croire à quelque chose d’improbable, et, ce faisant, à rendre cette chose possible.
C’est un jeu partagé qui n’est pas naïf ni passif : il est un engagement et une invitation à croire collectivement qu’il est possible de réimaginer le réel et de transformer la vie. Il expose nos différences et en fait l’éloge ou la dénonciation, il donne une valeur à chaque créature vivante qu’il dépeint et chacun et chacune peut s’y reconnaître à différents degrés.
Le théâtre que j’aime est indifférent aux dogmes qui prétendent définir ce qu’est le théâtre, comment il doit se décliner, se dire et s’interprêter. Il émerge sous toutes ses formes uniques, à l’image de tout créateur et toute créatrice. Et dans chaque oeuvre, la combinaison des corps, des voix, des mouvements, de la lumière, des sons et des images, est une invention qui propose un langage nouveau qui se révèle, dans le jour éclatant ou dans l’obscurité intime de nos secrets.
Et quand la magie opère, c’est la révélation d’une émotion inédite qui s’empare de nous, au moment où on ne s’attendait plus à se faire surprendre.
Au-delà des chroniques politiques et des revendications sociales dont il agit souvent comme un véhicule, le théâtre sous toutes ses formes nous invite à nous aventurer profondément dans la psyché humaine, là où la poésie se terre. Il nous invite à redire, encore et encore, que les secrets de la nature et de l’existence n’ont pas été percés et que toute interprétation du monde est plausible et merveilleuse.
Plus que jamais, alors que le spectre terrifiant de l’uniformisation nous menace, je souhaite nous inviter tous et toutes, de tous âges et provenances, anciennes et nouvelles générations d’artistes magnifiques, à préférer l’inconfort à la conformité et la singularité bouillonnante de l’aventure humaine à la quête de la perfection tranquille.
En nous abandonnant à l’art, ce mensonge qui dit toujours la vérité, comme l’ont justement déclaré plusieurs, nous refusons la peur et la méfiance. Nous acceptons de nous révéler les uns et les unes devant les autres, en nous aventurant, ensemble, dans ce véhicule du voyage qu’est la création artistique.
Sur les scènes et dans les salles, la joie et les inquiétudes, la mémoire, la responsabilité, l’intégrité, la liberté et la dissidence, la peur devant l’inéluctable, l’insoumission, l’amour, les rêves et les désirs d’aventures, tout cela et tant d’autres choses se croisent et se mélangent. Lorsqu’ensemble, créateurs et créatrices, techniciens et techniciennes, artistes, spectateurs et spectatrices, nous nous réunissons dans cette complicité ludique qui génère des merveilles depuis les temps anciens, nous posons un grand geste de solidarité.
Il n’y a pas de plus bel hommage à l’espoir et à la liberté d’esprit.