Conseil québécois du théâtre
Culture et politique : février en actualités
1er mars 2013 | PARTAGER :        

« Si j’aurais su, j’aurais pas venu. »
C’est le ministre de la Culture qui a volé la vedette de l’actualité politique culturelle provinciale en février. Dans un entretien accordé au Devoir, Maka Kotto y allait d’une déclaration étonnante. Moins de six mois dans son siège de ministre que déjà il ne s’enthousiasme plus outre mesure de ses nouvelles fonctions, échappant à la blague, « si j’aurais su, j’aurais pas venu ». Répondre favorablement aux nombreux besoins des différents secteurs du milieu des arts et de la culture, en plus d’être incapable d’honorer les différentes promesses électorales de son parti en culture, lui rend la tâche moins avenante qu’elle ne paraissait dans l’opposition. À cela s’ajoute l’impératif contraignant d’avoir à sabrer les dépenses de différents programmes de son ministère pour contribuer à l’effort de réduction du déficit. Or, la main maniant l’épée s’est faite quelque peu hésitante jusqu’ici. Depuis le dépôt des crédits budgétaires en décembre, une rumeur persistante laissait entendre que le programme Mécénats Placements Culture (MPC) allait être amputé de moitié. Le ministre a rapidement publié un communiqué annonçant qu’il devra bel et bien procéder à une telle coupe, mais précisant du revers que la somme retirée sera aussitôt remplacée par les fonds non utilisés du programme pour atteindre 4,4 M$, soit 100 000 $ de moins que le budget actuel. Une décision hésitante, une coupe mi-figue, mi-raisin. Plus tard en février, le milieu de la diffusion a été informé de la suspension du financement de la circulation des spectacles étrangers au Québec pour au moins une année. La veille de l’ouverture de la Bourse RIDEAU, M. Kotto a fait volte-face en annonçant que l’enveloppe de 125 000 $ serait finalement préservée pour l’année en cours, omettant cependant de préciser que l’avenir de ce programme est à présent suspendu aux conclusions d’un examen qui ne sera abouti que dans quelques mois. Deux événements en l’espace de quelques semaines révélateurs des difficultés du ministre à composer à la fois avec les directives de son homologue du Trésor et les attentes élevées d’un milieu qui espérait beaucoup de voir l’un des leurs accéder au poste de ministre de la Culture. Est-ce encore une fois pour ménager la chèvre et le chou que M. Kotto est demeuré plutôt évasif et sur la défensive lors de sa comparution devant la commission parlementaire sur l’étude des crédits budgétaires à la Culture ?
 
Engagez-vous, qu’ils disaient ! Mais encore ?
La période de dépôt des demandes de subvention au Conseil des Arts du Canada (CAC) a été l’occasion pour les médias de faire écho aux nombreuses inquiétudes entraînées par la refonte de ses principaux programmes. L’une de ces inquiétudes concerne la nouvelle exigence faite aux compagnies d’inciter l’engagement du public envers les arts. Défini par le Conseil de façon large et plutôt nébuleuse, cet engagement du public laisse craindre à un rapprochement entre le la pratique professionnelle et amateur. Bien que le Conseil soit rapidement intervenu pour apaiser cette préoccupation, celui-ci a aussi laissé entendre que son mandat « ne concerne pas seulement la création professionnelle, mais aussi la diffusion et l’appréciation des arts à travers le pays, donc de faire en sorte que le public s’engage dans les arts professionnels. » Voilà qui laisse la porte ouverte à bien des interprétations.
 
Art-peur ou pas ?
Pour celles et ceux qui ne l’auraient pas déjà lu, nous vous recommandons vivement le dossier Art-peur publié par l’hebdomadaire Voir. D’une analyse éclairante suggérant un financement fédéral à deux vitesses en culture, en passant par la refonte des programmes au CAC ou encore les conséquences de la nouvelle Loi sur le droit d’auteur, on y trouve plusieurs textes intéressants permettant de faire un bilan critique de ces sept années de gouvernement conservateur dans le secteur des arts et de la culture. Parallèlement à ces textes, une discussion réunissant la présidente du CQT, Dominique Leduc, le président de Culture Montréal, Simon Brault, et le journaliste indépendant, Steve Proulx, et portant sur la difficile relation entre le milieu culturel québécois et le gouvernement Harper a été présentée dans le cadre de l’émission Voir.tv et peut être visionnée ici.
 
Les arts et la culture dans les médias : au banc des pénalités
En annonçant sa retraite au terme d’une longue carrière de 33 ans, le journaliste culturel de Radio-Canada Claude Deschênes a tenu à rendre publique une lettre pour expliquer les différentes raisons motivant son départ. Il a été préoccupant d’apprendre que ce journaliste constate que « l'espace accordé à la culture a rétréci », qu’il se « sent à l'étroit dans ce nouveau contexte » et que sa passion pour les arts et la culture « n'a plus de place pour s'exprimer. » Il déplore que la scène culturelle soit devenue « un secteur que le milieu de l’information électronique ne prend pas aussi au sérieux que la politique, l’économie ou le sport ». La firme d’analyse médiatique Influence Communication a récemment démontré que cette situation observée à Radio-Canada caractérise l’ensemble de la couverture des arts et de la culture. En effet, « la culture sous toutes ses formes, qui a longtemps trôné dans le top 5, occupait le neuvième rang des sujets les plus traités par les médias (télévision, journaux, radio ou web) en 2012, se faisant même devancer par la cuisine » devenue un divertissement plutôt qu’un service. De plus, « la situation des arts dits traditionnels (livre, danse, théâtre, peinture, photographie, poésie et sculpture) est encore pire. Sur une semaine, leur médiatisation équivaut à celle de 2,4 minutes d'un match du Canadien de Montréal, soit un peu plus que le temps d'une pénalité. Et 98 % de la couverture de ces arts plus pointus provient des bons vieux journaux, les médias électroniques ayant plus ou moins abandonné cette strate. » Ces constats reflètent des préoccupations bien présentes au CQT et auxquels il conviendra de s’attarder plus en profondeur sous peu.
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