Conseil québécois du théâtre
Laurence Brunelle-Côté, autrice du message québécois du théâtre 2020
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Laurence Brunelle-Côté est une poète et performeure de Québec. Elle a étudié le théâtre à l’Université Laval. Elle cherche à réinventer (un peu) le langage des arts vivants. Heureusement, son handicap l’a amené à développer de nouveaux vocabulaires et lui permet d’emprunter d’autres chemins.

Elle est co-directice artistique du Bureau de l’APA, un atelier de bricolage indiscipliné permettant la rencontre de créateurs de tous horizons de projets artistiques atypiques. Laurence a publié le recueil « Pas encore mort » en 2017 avec l’artiste Chloé Surprenant et « L'Effondrement: compte rendu» en 2019 avec l’artiste Stéphanie Béliveau, à chaque fois en complicité avec les Éditions Rodrigol.​
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Message québécois pour la Journée mondiale du théâtre 
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« Peut-être est-ce le moyen que j’ai trouvé pour que ma vie ressemble plus à
 “ un projet en cours” qu’à de la cendre tombant d’une cigarette » — Maggie Nelson

Hier, j’ai poussé habilement mon ficus
en bas de mon bureau ;
les racines sont sorties de terre.
 
Parce qu’il faut compter ce qui ne se peut pas
Pour que ça se puisse un peu.
Crisser notre torpeur indéchiffrable
dans des sabliers vertigineux;
d’où s’écoule le tremblement des minutes.
 
Demeurer intacte.
Circuler dans le monde en accordéon.
c’est ça que je voulais : faire des choses qui me font circuler.
 
En silence, des fois;
Souvent, par en dedans;
Me vider lentement, en filament ,
dans une longue goutte interminable.
 
Se faire accroire que, peut être,
les déchirures du monde nous appartiennent.
Perdre mille solutions
dans le vacarme des avenirs.
 
Combien de fois on peut faire tomber un ficus ?
 
Les oiseaux réclament leur dû
depuis une bonne secousse
des pelures de ciel scotchées aux pattes.
 
Je peux ce paysage là.
Celui à la lisière de la capture .
En descendant sur les battures,
on pourrait même se reconnaitre .
 
J’aurais une brûlure
que tu ferais fondre sous ta langue.
et je me réparerais  à chaque lampée.
 
Combien de fois on peut faire tomber un ficus
Sérieusement ?
 
L’origine se réinvente tout le temps
Je suis-tu toute seule?
Pognée dans ma loop-accordéon
ou bien
on se reconnait encore?
 
Pour m’échapper du centre de moi-même
J’ai pris une rue et une débarque.
Je m’échoue sur  une hésitation.
 
J’ai laissé  l’ennui franchir le seuil
dans une sorte de fuite machinale;
pour m’accrocher aux bords des falaises et éviter la chute.
Mes racines à moi ne sortiront pas de terre.
 
Je reprise la minerve de mon isolement
Parce que la réinvention passera par des flottements, des escarpements affamés
et quelques longues attentes.
                                                                                                                                  
Combien de fois on peut faire tomber un ficus
Sérieusement ?
 
Désavouer les instincts qui ne frémissent plus
Traverser notre nord perdu sur les genoux 
dans le craquement sec des espaces
et dans le flop flop de quelques oies.
Sans regard pour nos échecs décâlis.
 
La terre de mon ficus frissonne un peu.
Les racines sont ratoureuses.
On aura assisté même à nos dernières morts.
 
Tes yeux rapetissent au bout de chacun de mes doigts
Et tout ce qu’on a été nous rallonge.

 
———
 

It is, perhaps, my way of making my life feel “in progress” rather than a sleeve of ash falling off a lit cigarette.
            — Maggie Nelson

 
Yesterday, I deftly pushed my ficus
off my desk;
its roots came out of the earth.
 
Because you have to count up what can’t
So that it could a little.
Squeaking out our indecipherable torpor
in the whirling sands of hourglasses;
where the quaking minutes trickle down.
 
Remaining intact.
Moving about crumpled up.
that’s what I wanted: to do things that would move me.
 
In silence, sometimes;
Often, from within;
Emptying myself slowly, by filament,
in a long, unending drip.
 
Making ourselves believe that, just maybe,
the world’s gashes belong to us.
Losing a thousand solutions
in the din of multiple futures.
 
How many times can we make a ficus fall?
 
The birds have been demanding their due
for a good long while now
since the sky’s peels got scotch-taped to their feet.
 
This landscape I can.
The one at the edge of capture.
By heading down to the sand bars,
we might even find our way to each other.
 
I would have a burn
that you would dissolve under your tongue.
and I would heal with each gulp.
 
How many times can we make a ficus fall
Seriously?
 
Origins reinvent themselves all the time
Am I all alone?
Stuck in my crumpled-up loop
or
will we find our way to each other?
 
To escape from the centre of myself
I took a street and a small debark.
I ran aground on a hesitation.
 
I let ennui cross the threshold
in a sort of mechanical flight;
only to cling to the edges of the cliffs and not fall.
My roots won’t come out of the earth.
 
I mend the brace of my isolation.
Because reinvention happens by hesitation, starved bluffs
and some long waits.
 
How many times can we make a ficus fall
Seriously?
 
Forsaking the instincts that no longer quiver
Crossing our north lost on our knees
in the dry cracking of wide-open spaces
and in the flip-flop of a few geese.
Without regard for our unsettled failures.
 
The earth of my ficus trembles a bit.
The roots are palimsestic.
We will witness even our final deaths.
 
Your eyes get smaller at the end of each of my fingertips
And everything we were takes us out of our way.
 
Traduction — Alexis Diamond
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