Revue de presse du 22 février au 24 mars 2017

Budget fédéral 2017: le cap est maintenu

Dans le plan budgétaire dévoilé le mercredi 22 mars, le gouvernement fédéral se propose de prendre appui sur les engagements qu’il avait formulés en 2016. Il prévoit donc d’investir 1,8 milliard supplémentaire sur 10 ans, à partir de 2018-2019, dont 1,3 milliard sera réservé aux provinces et territoires dans le cadre d’ententes bilatérales. Cette année, l’accent est mis sur l’infrastructure comme l’indique le titre du chapitre consacré à la culture « Renforcer l’infrastructure culturelle et récréative ». Le gouvernement du Canada investira notamment 300 millions sur 10 ans dans le Fonds du Canada pour les espaces culturels et ce afin « de construire, de rénover et de mieux équiper les espaces et carrefours de création qui abriteront la nouvelle génération d’artistes et d’innovateurs ». 

Qui a peur du scénographe ?

À trois jours de notre conférence-débat sur l’écriture scénique, nous vous proposons d’écouter une émission de dix minutes parue le 6 mars dernier sur France Culture et portant sur la place de la scénographie en France, vraisemblablement moins valorisée que dans d’autres cultures théâtrales.
 
« En France, la limite est plus floue entre mise en scène et scénographie ; on en parle moins simplement ou avec méfiance peut-être, comme si elle ôtait de son pouvoir et de son prestige à la mise en scène. »
 

Nouvelles voies d'accès à l'École nationale de théâtre du Canada

Le plan de croissance sur quatre ans prévu par l’ENT prévoit la mise à disposition de classes de maîtres pour les professionnels du théâtre, de résidences artistiques pour les artistes autochtones, les scénographes et ceux qui aspirent à devenir directeurs artistiques, de programmes pour le grand public – cours pour adolescents et adultes – et pour les entreprises privées. Le détail des sept nouveaux programmes figure ici.
 

Quand la maternité devient un tabou

Les répercussions négatives de la maternité sur la situation professionnelle touchent aussi les femmes artistes. Dans un récent article de Véronique Lauzon sur La Presse+, l’on apprend que le comité permanent des femmes artistes interprètes de l’Union des artistes (UDA) étudiera cette question sous la forme d’une mémoire qui sera déposé au conseil d’administration de l’UDA. L’objectif est de déterminer les formes d’accompagnement que pourrait proposer le syndicat à ses membres enceintes.
 

Assistons-nous à la privatisation de la culture au Québec ? 

Le 22 février était organisée à l’initiative de la chaire Fernand Dumont sur la Culture une conférence intitulée « Assistons-nous à la privatisation de la culture au Québec ? ». Le CQT était présent pour écouter les interventions d’Yvan Gauthier, ancien président du Conseil des arts et des lettres du Québec et actuellement président-directeur général de la Fondation du Grand Montréal, Martin Frappier, directeur du Chantier de l’économie sociale et Mélanie Lumsden artiste et représentante de DestinNATIONS : Carrefour international des arts et cultures des Peuples autochtones. Tous ont constaté que les modes de financement de la culture ne sont plus adaptés au monde d’aujourd’hui, particulièrement à l’heure où des bouleversements majeurs sont causés par la montée en puissance des technologies du numérique. Chacun à leur tour, les trois conférenciers panélistes ont alors affirmé percevoir comme une bonne nouvelle l’essor du financement privé, parallèlement à la stagnation du financement public. Yvan Gauthier s’est par ailleurs exprimé sur le terme « privatisation » qu’il juge inapproprié, rappelant la spécificité du modèle hybride québécois de financement de la culture, à cheval entre le public et le privé. Selon Martin Frappier, l’avenir de la culture se situe du côté du développement des compétences entrepreneuriales des artistes pour mieux répondre aux nouveaux enjeux et défis du XXIe siècle.

Malgré le passionnant sujet de cette conférence, on regrettera seulement l’absence de débat tant les opinions des conférenciers furent proches les unes des autres. Aucune parole contradictoire n’est venue interroger, par exemple, les limites du financement privé, particulièrement en regard des moyens limités des petits OSBL. À la question, «  assistons-nous à la privatisation de la culture au Québec ? »,  ce fut un NON prononcé de concert par les trois panélistes.
 

« Rien ne peut remplacer une politique publique ferme et volontaire »

Le petit bulletin Web des spectacles a obtenu un entretien avec Jean-Pierre Saez, directeur de l’Observatoire des politiques culturelles, organisme public français. Interrogé sur la dernière étude de l’Observatoire portant sur les dépenses en baisse des collectivités territoriales (régions, départements et villes), Jean-Pierre Saez s’est exprimé notamment sur le modèle culturel français de financement public des arts :
 
« Si on observe rationnellement les compléments de financement qui peuvent être accordés aujourd’hui à la culture, quels sont-ils ? Le mécénat, le financement participatif et le marché en font partie. Le mécénat a toujours représenté une part mineure du financement culturel. Et il va essentiellement en priorité à des grands projets et des grands événements visibles. Le mécénat local est encore peu développé. Concernant le financement participatif, il marche certes, mais de manière limitée sur des projets souvent individuels : ça ne va jamais financer des bibliothèques, des théâtres…

Quant au marché, sa logique est de faire des profits et de vendre la culture comme un produit de consommation courante. Je ne dis pas qu’il n'a pas sa place à prendre, les industries culturelles ont leur rôle à jouer, mais elles ne feront jamais le travail de fond que les politiques culturelles doivent mener. C'est pour ça que rien ne peut remplacer une politique publique ferme et volontaire ».

Même s’il vient de l’étranger, ce propos trouve une certaine résonnance avec la direction prise par les gouvernements provincial et municipal, lesquels accordent une place de plus en plus importante au financement privé – face au plafonnement de l’aide publique - dans leur projet de politique culturelle. La philanthropie culturelle, le mécénat d’entreprise et le financement participatif doivent être conçus comme des « compléments de financement ». Le cas contraire, ils deviennent des remèdes palliatifs administrés pour atténuer un mal plus profond.