Conseil québécois du théâtre
Notre imaginaire est-il paritaire ? selon Marie Louise Bibish Mumbu
Une assertion qui résonne dans ma tête comme une publicité mensongère… simplement en décortiquant chaque mot pour en connaître le sens. 
 
Notre 
Masculin et féminin identiques, singulier. Première personne du pluriel au singulier. Qui nous appartient. Plusieurs possesseurs (dont l’un est le locuteur) et un seul objet. 
Nous mangeons notre repas. Notre pays. Notre patrie. Notre plus grand espoir.
Note d’usage : Utilisé par le roi et encore par les évêques dans leurs mandements et par les juges, quand ils disent nous au lieu de moi. Par notre arrêté de ce jour.
S’emploie d’une manière indéterminée pour rappeler une personne dont on a déjà parlé. 
Notre homme se garda bien de venir au rendez-vous.
Notre auteur passe ensuite à un sujet différent.
Dérivés. Notre-Dame. Notre Père. Notre poire. Notre pomme Notre-Seigneur.
 
Ici, notre renvoie-t-il à Ginette, Sarah, Sylvain et moi ensemble ? Aux artistes ? À qui ? De qui/quoi parle-t-on ?
 
Imaginaire 
Masculin. Espace de pensée propre à l’être humain, indistinct de sa représentation du monde, dans lequel il peut créer, superposer, surimposer, sublimer des choses et des évènements dans la réalité. 
Le train-couchettes vit, dans l’Hexagone, ses dernières heures : la ligne Nice-Paris a fermé le 9 décembre. En même temps que ce moyen de locomotion nocturne, c’est tout un imaginaire de cinéma qui disparaît. — (Samuel Blumenfeld, « Clap de fin pour le train de nuit », Le Monde. Mis en ligne le 11 décembre 2017)
 
Collectif 
Qui est le fait de plusieurs personnes. Travail collectif
Qui s’adresse à un groupe de personnes. Cours collectif.
Qui concerne toutes les personnes d’un groupe déterminé, une collectivité quelconque. Équipements collectifs, habitat collectif
Se dit des comportements manifestés par des personnes lorsqu’elles sont en groupe. Fureur collective, psychose collective.
 
Est-il (du verbe être)
Exister. Avoir une réalité. Appartenir. Se trouver.
 
Paritaire 
Se dit d'une assemblée formée de représentants en nombre égal des parties en présence / Où chacune des parties a le même nombre de représentants / Qui réunit en nombre égal des représentants de deux parties. 
 
Peut-on alors ensemble voyager dans la phrase ?
 
Le Nous demeure la somme de plusieurs Je… Et l’espace que nous habitons devrait être en mesure d’accepter tous les singuliers avec leurs histoires, parcours, réalités qui permettent de nourrir, créer un Nous réel.
 
Je vois le monde en spirale. Et donc je parlerais mieux de moi et quelques ami.e.s… 
Du Congo au Québec, de 1975 à 2018, ça n’a pas changé, mon imaginaire se construit à travers mes voyages, qui sous-entendent ouverture, rencontres, histoires, les autres, les cinq sens à l’affût - vue, odorat, ouïe, toucher, goût -, la certitude que le monde est vaste d’où aussi l’appel de l’écriture pour raconter, montrer, désigner ce que ne voient pas les gens qui ne peuvent pas voyager. D’où le théâtre. Un lieu de tous les possibles, là où la fiction, la convention, l’imaginaire peut se permettre de danser toutes les danses… 
 
Enfant j’ai adoré le dessin animé parti du tour du monde en 80 jours de Jules Verne (1872) avec Phileas Fogg, Passepartout et la princesse Romy… Des rôles tenus par des animaux… je me glissais donc facilement dans les chaussures de Phileas et je rêvais de faire mon tour du monde… 
 
Depuis 1975, de Bukavu à Montréal, en passant par Kinshasa, Yaoundé, Douala, Lomé, Paris, Bruxelles, Berne, Limoges, Los Angeles, New-York, Sherbrooke, Lévis, Rimouski, Lubumbashi, Anvers, Marseille, Kigali, Philadelphie, Johannesburg, Ostende, Rio de Janeiro, Antananarivo, et j’en passe, je suis en train de le faire mon tour du monde, et mon imaginaire s’alimente à chaque fois… 
 
Notre imaginaire est-il colonisé par le masculin ? Je parlerai de moi en disant oui, forcément, un peu… puisque le monde est régi par le masculin ! Notre socialisation est là pour nous le rappeler, Le rose et le bleu sont là, ancrés dans nous. Mais j’ai été une enfant encouragée à rêver, à me projeter, à viser le ciel et mon père nous a tous scolarisé.e.s mes frères, ma sœur et moi… Et donc je m’invente des mondes assez incroyables et pense même que c’est ma réalité d’aujourd’hui qui me rattrape et cherche à me faire voir un univers homogène avec des satisfaits dans un coin et des fâchés de l’autre… C’est là que mon passif joue un rôle excellent grâce à mon blindage mental, mon éducation et ma mémoire… Puisque je me souviens… moi les barrières ne m’arrêtent pas, au contraire… je peux m’énerver, ralentir, jurer, mais je continue d’avancer ! 
Changer les choses, décoloniser nos mentalités, déconstruire nos fameuses idées reçues et faire voler en éclat le BOYZMEN CLUB, ça fait partie du match. 
Et dire qu’on ne sait pas ce qui se passe ailleurs est trop facile, des fois on a juste besoin de tendre l’oreille et le micro… s’ouvrir au monde, en comptant avec l’autre… dans le dépanneur, de l’autre côté de la rue, à l’ouest de l’île, etc.

Marie-Louise Bibish Mumbu
Auteure et comédienne
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